Article intégral de l’extrait publié dans notre magazine Parents d’Ados n°10, rédigé par Perrine BRAESCH, Thérapeute familiale et Educatrice Spécialisée en libéral.
L’entrée au collège se profile doucement pour votre enfant… C’est une étape importante, pouvant être chargée d’émotions…
Comme tout changement, il y a toujours une part d’inconnu à apprivoiser avant de construire de nouveaux repères. Cette phase d’apprivoisement peut déjà s’amorcer quelques semaines, voire quelques mois avant la rentrée.
Et en tant que parent, il se peut que vous vous questionniez sur la posture à adopter aux côtés de votre enfant pour l’accompagner au mieux dans ce changement.
Je m’appelle Perrine Braesch, j’exerce mon activité de thérapeute familiale et d’éducatrice spécialisée en libéral à Munster au sein de mon entreprise individuelle : L’Embarcadère.
En m’appuyant sur mon expérience professionnelle et personnelle (puisque mon fils est entré au collège en septembre dernier), je souhaite vous partager quelques idées pour vous outiller en tant que parent afin de pouvoir, à votre tour, outiller votre enfant pour son entrée au collège.
Alors comment en tant que parent, puis-je accompagner mon enfant au mieux dans cette phase préparatoire ?
Je pense que le plus précieux que l’on puisse offrir à son enfant, est un espace d’échange.
Même si cela n’est pas toujours simple, essayez de lancer la conversation et de prendre le temps de vous intéresser à ce qu’il imagine du collège, à ce qu’il ressent, à ce qu’il sait déjà. Votre écoute va l’aider à se sentir en sécurité.
Oui, mais mon enfant parle peu de lui… Alors comment faire ?
Effectivement, parler de soi n’est pas toujours facile. Dans ce cas, on peut essayer de lancer la discussion en prenant des détours. Par exemple : “ A ton avis quelles sont les 3 questions que beaucoup de futurs collégiens se posent avant d’entrer au collège ? » Ou encore « Comment tes copains se sentent à l’idée d’entrer au collège ? » Cela peut faciliter la parole, avant de lui demander ce que lui ressent.
Il y a aussi certains contextes plus propices aux échanges. Je pense notamment aux trajets en voiture, ou pendant une balade à pied, ou encore en faisant une tâche banale ensemble… Être côte-à-côte, plutôt que face-à-face peut aider à faire circuler la parole.
Et puis, pour ceux qui en possède déjà un, le téléphone portable peut devenir un allié précieux ; certains seront plus à l’aise en s’écrivant des SMS plutôt qu’en se parlant…
Et comment réagir s’il exprime des peurs ou des inquiétudes ?
C’est tout à fait normal qu’une situation inconnue génère ce type d’émotion.
La peur a une fonction essentielle. D’un point de vue neurobiologique, elle active des circuits d’alerte dans le cerveau qui préparent l’organisme à faire face à une situation nouvelle. Ce léger mouvement de recul, que l’on peut ressentir dans le corps, permet de ralentir, d’observer davantage, d’analyser l’environnement et d’identifier des points d’appuis sécurisants.
Autrement dit, avant de pouvoir avancer, le cerveau a parfois besoin de passer par cette étape de vigilance : elle aide à s’adapter, à se préparer… et, progressivement, à oser entrer dans l’expérience.
« J’ai peur de me retrouver dans une classe où je ne connais personne… » « J’ai peur de ne pas savoir dans quelle salle je dois aller… » « J’ai peur de ne pas y arriver… » « J’ai peur que les autres m’embêtent… »
Accueillir ce qu’un enfant exprime, sans le minimiser, ni le corriger trop vite, lui permet déjà de se sentir entendu et compris. Lorsqu’il évoque ses inquiétudes ou ses scénarios du futur, même s’ils semblent exagérés ou improbables, ils disent quelque chose de son vécu intérieur. Prendre le temps de les écouter, de les laisser se déployer, ouvre un espace rassurant où il peut déposer ce qui l’agite.
Dans ces moments-là, il peut être aidant de l’accompagner à préciser ce qu’il imagine. Mettre des mots sur son « scénario catastrophe », le rendre plus concret, permet souvent de le rendre aussi plus appréhendable. Cela peut passer par des questions simples, ouvertes, qui l’invitent à réfléchir : que se passerait-il exactement pour toi ? Que ferais-tu alors dans cette situation ?
Pour exemple, lors d’un atelier collectif de préparation à la 6ème, une jeune avait très peur de se retrouver dans une classe où elle ne connaissait personne… Ensemble nous avons imaginé la scène en détails… « Tu arrives, c’est le jour de la rentrée, tu ne connais personne, que fais-tu concrètement quand tu rentres dans la salle de classe ? Ou est-ce que tu t’assieds ? Comment lancer la conversation et aller à la rencontre d’inconnus ? … »
Prendre le réflexe de questionner son enfant avant de lui donner des réponses ou des conseils, l’aidera à trouver lui-même ses réponses et à prendre confiance en lui.
Et que puis-je faire, si moi-même je suis insécurisé par cette situation ?
C’est important d’en être conscient. Votre enfant a besoin de sentir que vous êtes un repère stable à ses côtés. Alors réussir à s’apaiser et à s’ancrer dans ces moments d’échanges peuvent faire la différence pour cultiver un climat un peu plus sécurisant pour son enfant.
Pour s’apaiser, la respiration est une ressource simple et précieuse. Des pratiques comme la cohérence cardiaque, ou d’autres exercices de respiration, permettent de ralentir le rythme et de retrouver plus de calme.
En parallèle vous pouvez également prendre le temps de « faire le tri » en essayant de favoriser un maximum vos pensées aidantes (celles qui sécurisent), et à l’inverse en éliminant le plus possible les pensées stressantes (celles qui nous insécurisent).
Je présenterai début mai quelques exercices concrets pour vous aider à vous sécuriser. Vous les trouverez sur la page Facebook de l’Embarcadère.
Et comment encore l’aider concrètement à se sentir plus rassuré ?
Sur un plan très concret, la visite du collège représente un moment important dans cette phase préparatoire. La plupart des collèges proposent, avant les congés d’été une visite de l’établissement et une rencontre avec certains professeurs et/ou élèves.
Prendre le temps de visiter les lieux peut aider votre enfant à se repérer et à apprivoiser cet espace. N’hésitez pas à lui demander s’il souhaite refaire un tour, il n’osera peut-être pas de lui-même.
Avant cette visite, vous pouvez également lui suggérer de noter les questions qu’il se pose, pour s’en souvenir plus facilement le jour J.
Un autre levier très concret consiste à passer par l’expérience. Rien ne remplace l’expérimentation : parcourir le trajet, voir les lieux, sentir le temps que cela prend… Expliquer le parcours, donner des repères précis, puis aller sur place pour s’approprier l’itinéraire permet à l’enfant de transformer l’inconnu en quelque chose de familier.
Refaire le chemin, éventuellement en s’entraînant à le faire seul, renforce encore ce sentiment de maîtrise. Plus les repères sont vécus et intégrés concrètement, plus l’enfant peut se situer avec confiance… et aborder les premiers jours avec davantage de sérénité.
Pour conclure, il me semble important de garder en tête que chaque enfant est différent, et que toutes les idées citées ci-dessus ne sont pas forcément à mettre en œuvre avec votre enfant. Tout dépendra de ses besoins… Certains auront besoin de sentir leurs parents très présents au début, tandis que d’autres préféreront avoir plus d’autonomie, tout en sachant qu’ils peuvent demander de l’aide si besoin. La meilleure façon d’ajuster votre accompagnement à ses besoins est de lui demander ce qui lui conviendrait le mieux. Il pourra alors choisir la place qui lui semble la plus appropriée.




