Article intégral de l’extrait publié dans notre magazine Parents d’Ados n°10, rédigé par Lise DAUB, Psychologue à la Maison des Adolescents 68 à Colmar.
Votre petit a grandi, vous le sentez… À la rentrée prochaine, il sera déjà au collège, il rentre dans la cour des grands, celle des adolescents. C’est la fin de l’enfance, et vous le ressentez très fortement avec peines, joies, inquiétudes…
Comme à chaque étape de la vie ou à chaque moment de bouleversement, il s’agit d’avancer ensemble, en gardant chacun sa place, vous, d’adulte et de parent, lui, d’enfant, d’adolescent en devenir… Et rien qu’en écrivant cela, notons que celui ou celle qui va traverser le plus de turbulences dans les années à venir et selon son rythme, c’est bien votre ado !
Pour autant, ne négligeons pas vos émotions, vos ressentis et vos inquiétudes… Les accueillir, trouver des appuis et se rassurer c’est aussi vous permettre de rester en soutien pour votre enfant et de traverser ce cap avec elle ou lui…
L’entrée en 6éme, le symbole d’un passage
Oui, l’entrée en 6éme sera un grand changement pour votre enfant mais tout comme il aura un peu de temps pour s’adapter et devenir collégien, il aura et prendra son temps pour commencer et traverser son adolescence… Devenir ne se fait pas en un jour.
Si ce passage vous remue et vous angoisse, si vous avez peur de perdre « votre enfant » sachez d’abord que c’est normal, vous êtes de nombreux parents à ressentir de l’inquiétude dans ce changement, souvent aussi synonyme de prise de plus d’autonomie de votre enfant… N’hésitez pas alors à partager vos craintes, avec vos proches, vos amis, qu’ils soient dans votre situation ou l’aient déjà traversée. Se rendre compte que vous n’êtes pas seul/e et pouvoir verbaliser vos ressentis, recevoir parfois quelques conseils, est déjà d’un grand soutien.
Et si vous sentez les serrements du cœur trop douloureux ou une panique qui vous gagne, pensez à vous faire accompagner par un professionnel de santé pour comprendre ce qui est en jeu pour vous, ce qui vous fait si peur (qui est parfois plus en lien avec votre propre histoire) et pour éviter que votre ado soit soudain envahi par vos angoisses… alors que, probablement, il a déjà suffisamment.
Se préparer ensemble pour le collège
Comme tout passage, vous pouvez aussi vous préparer avant la rentrée et pendant les vacances ! Par un repérage du collège et des parcours pour s’y rendre s’ils se font en autonomie (pied, vélo, transport en commun…). Cela peut se faire suite à un échange, une demande, une envie (de sa part ou de la vôtre) spontanément parce que c’est sur un trajet, avec les copains ou copines… Dans le dialogue c’est toujours mieux ! D’autant que sur ce point, souvent vos besoins d’informations pour être un peu rassurés se rejoignent.
Souvent des visites ou journées d’immersion sont organisées entre les classes de CM2 et le collège… Puis à la rentrée, une journée voire une semaine d‘intégration sont prévues pour accueillir les 6èmes, leur donner le temps de trouver leurs repères, de faire connaissance avec le personnel éducatif et de rencontrer leurs nouveaux camardes… Bien entendu, contrairement à la maternelle ou l’école primaire, vous parents n’êtes plus invités ! Mais c’est une bonne occasion d’exercer un peu le lâcher-prise concernant ce nouvel espace d’autonomie de votre ado ! C’est surtout l’occasion idéale pour entamer le dialogue, l’écoute et le soutien puisque que c’est lui qui va vous raconter : il pourra tantôt vous rassurer (et le fera avec plaisir !) tantôt vous témoigner de quelques inquiétudes ou difficultés… Et là, vous ne pourrez pas forcément lui dire « ce qu’il doit faire », mais plutôt réfléchir avec lui à « ce qu’il peut faire » en vous s’appuyant d’abord sur ses compétences et ses ressources… et éventuellement en l’accompagnant si besoin.
S’adapter, s’organiser, faire confiance
Beaucoup de parents s’inquiètent avant même la rentrée des capacités de leur enfant à s’adapter pour « gérer » le temps de travail, les devoirs… Certains commencent même à évoquer des inquiétudes sur la réussite des études (brevet, bac et au-delà !). N’allez pas trop vite, l’enjeux des premières semaines c’est d’arriver à devenir « collégien » et c’est suffisant ! Cela signifie, plus d’autonomie dans son travail scolaire, dans la gestion de ses affaires, une meilleure conscience de son emploi du temps, … Ces « plus », ils et elles vont les acquérir petit à petit comme beaucoup de leurs apprentissages. Ils vont avoir besoin de vous et de votre soutien pour trouver leurs marques. Et n’oubliez pas que plus les parents ont tendance à être anxieux, plus leurs enfants vont l’être aussi !
L’entrée en 6ème est un grand changement, mais votre enfant est déjà élève, vous connaissez sans doute ses points forts et ses points de difficultés, vous avez déjà des habitudes concernant les devoirs, la gestion des affaires scolaires ou de son emploi du temps (école, activités). Il ne s’agit donc pas de bouleverser toutes vos habitudes du jour au lendemain, surtout si elles apportent satisfaction mais de les adapter à de nouvelles contraintes et un nouveau rythme.
Appuyez-vous sur ce qui fonctionne, ne lui mettez pas la pression et essayez d’accompagner sa prise d’autonomie ; pour les devoirs, comme pour penser à sa carte de bus ou ses affaires de sport…
Quelques principes et idées qui peuvent aider :
- Créer un espace de travail rassurant et agréable plutôt au calme, lumineux. Car, a contrario, les situations de stress, la pression, les tensions relationnelles réduisent considérablement les capacités à se concentrer des adolescents. Chambre ou salon, bureau rangé, fauteuil confortable ou lit… Ces espaces peuvent être différents et le changement de posture plutôt stimulant pour l’ado : on peut aimer relire sa leçon d’histoire dans son lit. Eh oui ! La posture allongée diminue le stress… De grands écrivains ont rédigé leurs œuvres au lit ou au café ! Une ambiance sonore (moins de 70 décibels) peut parfois favoriser la concentration… Bouger entre les exercices ou réciter son vocabulaire en marchant dans la pièce ou dehors, s’avèrent souvent plus efficace que de rester bloqué à son bureau.
- Trouver son rythme et son type d’organisation : essayez de planifier les temps de devoirs, essayez d’anticiper (par étape, car c’est souvent plus gratifiant). Regardez ensemble son agenda et son bureau numérique (pour s’approprier l’outil ensemble !) Et autorisez voire encouragez les pauses courtes pour bouger et stimuler son corps afin de retrouver énergie et attention…
- Essayez d’identifier avec lui son type de mémoire pour trouver la bonne méthode d’apprentissage des leçons. (visuelle : schéma écriture…, auditive : réciter ou se faire relire le cours à voix haute…)
- Et surtout être encourageant et valorisant… soutenir et féliciter les efforts plus que le résultat, être attentifs aux découragements et aux besoins d’attention… (ils ont l’art parfois de pas les demander clairement !) La réussite, les petites victoires, et certaines récompenses sont stimulantes pour l’adolescent. Elles stimulent le circuit dopaminergique — vous savez celui qui les rend si dépendant des écrans — même si ce n’est pas facile de stimuler et valoriser l’effort et les apprentissages, cela est possible !
- Essayez de les responsabiliser en douceur. Dites-vous que c’est comme apprendre à faire du vélo, vous ne pouvez pas forcément le/la lâcher du jour au lendemain, en plus sans les petites roues ! Et si parfois on chute, c’est rarement grave, et fait même partie de l’apprentissage… Acceptez qu’en faisant seul, parfois, il se trompe, il oublie… C’est souvent le plus difficile pour les parents : trouver à rester soutenant, rappeler sans faire à la place, sans s’énerver… Il vaut mieux rester dans le lien et le dialogue pour rassurer, encourager et trouver ensemble des solutions, des petits trucs où il pourra vous sentir présent, sans avoir l’impression que vous êtes trop derrière elle/lui. Y arriver seul, à force d’essayer, sera plus valorisant.
Enfin, si vous sentez que votre ado éprouve des difficultés, a dû mal à suivre, se décourage dans certaines matières n’hésitez pas à en parler aux professeurs (sans forcément attendre la première rencontre organisée par le collège). Ils sauront vous écouter, vous conseiller et pourront se montrer aidant et rassurant…
L’Adolescence, changements dans les relations amicales et familiales :
Avec l’arrivée de la puberté, les transformations physiques et physiologiques, l’ado sort de la « zone de confort » de l’enfance… Entrer dans la cour des grands est une perspective qui peut beaucoup l’attirer, le réjouir mais aussi lui faire un peu peur… Et cela, d’autant que votre jeune ado arrivant en 6ème va redevenir un temps un « des petits » du collège… Ce qui peut augmenter ses inquiétudes, l’impression de fragilité pour elle et lui comme pour vous, et donc accentuer votre désir alors de les protéger !
Une des inquiétudes importantes des adolescents arrivant au collège est la crainte de se retrouver seul : dans sa classe, à la cantine, dans la cour, ne pas retrouver ses copains de l’école primaire, ne pas arriver à s’en faire de nouveaux… Et c’est normal ! Cette situation de nouveauté, il la partage avec les autres 6èmes. Vous pouvez réfléchir ou imaginer avec lui comment il peut commencer à créer des liens : discuter avec la/les personnes qui seront assises à côté de lui, proposer d’aller ensemble à la cantine, poser des questions aux autres sur leurs centres d’intérêt et partager les siens… Et dans sa classe ou dans la cour, il va sans doute retrouver des copain(s) ou copine(s) du CM2 ou du club de basket, comme du cours de solfège…
Cette crainte de la solitude est d’autant plus forte que l’adolescence est le temps où les relations sociales et amicales prennent toute leur importance. Pendant cette période c’est normal qu’elles/ils aient besoin de se confier et d’échanger avec d’autres jeunes qui traversent les mêmes choses qu’eux (d’où l’importance des réseaux sociaux…). Leur urgence est d’intégrer un groupe d’ami(e)s ce qui vient bouleverser quelque peu les liens familiaux. Dans la recherche de ces liens amicaux et de la reconnaissance de leur pairs, les adolescents semblent « fuir » voire rejeter leur famille. Ils viennent souvent bousculer votre place et sans doute un idéal de ce qu’est « faire famille » pour vous.
Si les attentes des uns et des autres changent, au fond, les besoins restent les mêmes : besoin de sécurité, d’être en lien, d’appartenance, d’être respecté dans sa personnalité… Autant d’éléments où bien souvent votre adolescent a encore besoin de vous : besoin de sentir votre présence et votre « solidité » quand, de temps en temps, il vient se frotter aux règles, ou questionne, malmène les liens affectifs…
Et ce n’est pas parce qu’il passe plus temps avec ses copains et ses copines qu’il ne faut pas privilégier et « prendre soin » des liens familiaux : se retrouver, pérenniser des activités partagées, en inventer de nouvelles, savourer un moment qui se présente spontanément ou prévoir des moments en tête à tête ou en famille… Et lui dire que cela vous a plu de passer du temps avec lui, encore plus après un moment que vous avez peut-être « imposé »… N’oubliez pas son besoin d’être valorisé !
Et s’il aime se confier à ses amis, il pourrait aussi profiter de ces temps partagés et détendus pour venir vers vous… Elle/Il aura souvent besoin d’exprimer ce qu’elle/il éprouve : souvent les parents ont le droit au florilège des plaintes concernant le collège (trop de devoirs, emplois du temps trop chargé…), ou juste parfois à des débordements d’émotions (colère ou détresse). Accompagner et écouter son adolescent au collège, c’est essayer de mettre des mots sur ce qu’il ressent et écouter sans juger ni minimiser. C’est souvent éviter de venir en « bon conseillé » et « sauveur » mais plutôt lui proposer de réfléchir ensemble à des solutions en faisant appels à ses compétences. Par exemple : « Je comprends que ce soit dur », « comment tu penses faire ? », « est-ce que tu veux qu’on réfléchisse à des idées, des solutions pour tel problème ? »…
Écoute et dialogue
Rechercher le dialogue, c’est toujours important mais à l’adolescence cela peut être un vrai défi ! Là où parfois les portes claquent… plutôt que d’essayer de forcer le passage, mieux faut glisser un mot et/ou attendre qu’elles s’entrouvrent.
Essayez de fixer quelques principes (plus que des règles parfois) ou rituels à établir ensemble et dont certaines pourraient impliquer toute la famille. Cela pourra être plus facile à respecter et être vécu comme un cadre soutenant. Mettez en avant les espaces et temps d’autonomie et de liberté possibles. Bien estimer la liberté que vous allez accorder à votre adolescent peut lui permettre d’acquérir de l’autonomie dans les meilleures conditions possibles et de prendre confiance en lui.
Portez de l’attention dès la rentrée (et même avant !) à aborder certains sujets et en définir règles, usages ou principes concernant par exemple :
- Les rythmes d’activités, de loisirs, de sommeil, les temps d’écrans…
- L’organisation des devoirs
- Les horaires et moment de sorties
- Les temps en famille et la communication entre ses membres
- L’utilisation du téléphone : exemple pas de téléphone à table (pour tous !), temps, limite d’accès… N’hésitez pas à vous appuyer sur les directives gouvernementales, des documentaires pour appuyer vos choix et principes.
Il y a bien des façons de faire selon vos habitudes, vos modes de vie… et justement pas de règles prédéfinies… C’est à vous et ensemble de trouver ce qui est adapté aux besoins de chacun et ce qui plait à vos enfants, votre ado à vous ! Ne vous imposez pas des contraintes irréalistes, soyez souples !
Et, prenez le temps de préparer le plus sereinement possible cette nouvelle rentrée : par exemple à travers le choix de fourniture ou d’une nouvelle tenue qui lui fasse plaisir (sur laquelle vous pouvez être un minimum d’accord !).
Et si vous vous sentez démunis face à cet enjeu, ne restez pas seul(e). Vous pouvez faire appel à divers professionnels du champ de l’éducation ou de la santé mentale pour vous accompagner, vous, votre ado, avant, pendant et après sa rentrée en 6ème.




